Pas de doutes, les beaux jours reviennent. Depuis quelques semaines la neige a disparu de mon quotidien.
Le soir venu, les jeunes gens traînassent dans les rues, boivent et chantent devant les épiceries où l’on peut se fournir « non-stop » en bibine. Les femmes, à défaut de raccourcir leurs jupes (qu’elles portent rarement sous le genou indépendamment des saisons) portent en haut une couche ou deux de moins.
Je pourrais ajouter que les oiseaux gazouillent, que les fleurs éclosent et qu’on trouve ici en plein mois de mai tout ce qui annonce l’arrivée du printemps sous des latitudes françaises. Cependant je doute que mes quelques lecteurs s’intéressent à ces considérations bucoliques, d’autant qu’ils savent mon manque de goût pour les questions relatives au temps qu’il fait.
Si vous lisez ces quelques lignes, c’est que vous êtes avides d’acidité et las des élucubrations doucereuses que profèrent immodérément les chantres de l’absolue tolérance... du moins je l’espère. Je revendique pour ma part le droit à l’intolérance dans la mesure où celle-ci n’est pas le résultat de l’inculture, mais au contraire celui d’une profonde et docte réflexion.
S’il est un domaine où mon intolerance est notoire, c’est bien celui de la religion. Vous allez dire que je m’acharne, mais ces braves curetons et leurs valets s’agitent un peu trop autour de moi – et pas que de moi hélas - ces derniers temps pour que je les laisse en paix. Je crois que mon logement est situé en « zone de conversion prioritaire » parce que rares sont les semaines où je ne reçois ni la visite ni le coup de téléphone d’une saloperie de prêcheur.
Cela a commencé courant avril alors que je travaillais sur un projet de reportage au Sri Lanka. Le téléphone a sonné :
- Bonjour monsieur, je suis Mlle *****ova et je désire vous parler de ... [mes connaissances du russe ne m’ont pas permis de comprendre la suite, d’autant que son discours de deux bonnes minutes etait récité à toute vitesse]
- Euh... c’est-à-dire que mon russe n’est pas excellent, peut-être parlez-vous une langue étrangère ?
On passe en anglais.
- Ah, je connais quelques mots d’anglais mais il serait peut-être préférable que quelqu’un d’autre vous rappelle.
- Eventuellement, mais quel était l’objet de votre coup de fil ?
- Nous voudrions vous parler de la bible.
- Ce sera inutile alors.
- Ah, vous n’étudiez pas la bible ?
- Je l’étudie beaucoup au contraire, ainsi que le fonctionnement des clergés. Pour mieux les détruire.
- Ah ? [incrédulité... puis bredouillage] A... alors au revoir monsieur.
- Et bonne fin de journée !
Je sais, on ne peut pas dire que je me sois cassé le cul à développer un argumentaire finaud. Mais d’une on était en matinée et de deux elle n’avait pas l’air de jacter souvent dans la langue de Mr Bean, ce qui en conséquence risquait fort de l’empêcher de goûter tout le sel de mes remarques sur la transsubstantiation et la béatification des Romanov. Je me suis dit qu’en faisant simple et bourrin, je serai tranquille... mais je n’avais pas réalisé que le marché local était particulièrement concurrentiel.
Quelques jours plus tard c’est à ma porte qu’on sonne :
- Je suis de l’Eglise de Jesus et souhaiterais vous parler du Sauveur.
- Non seulement vous n’allez pas m’en parler, mais vous allez dégager de mon immeuble en vitesse, avant de prendre mon pied au cul.
La semaine suivante c’est à l’interphone et la discussion se termine par : « Run ! Run ! I’m coming ! »
Les entités religieuses sont voraces et elles se nourrissent de la misère humaine. Elles chassent avec une ardeur redoublée en temps de crise, lorsque les proies affaiblies, blessées, sont légion... et ce pays est un immense champ de bataille. En tout cas, pas moins de cinq boites differentes ont tenté de me fourguer leur passeport pour le paradis sous réserve d’un petit versement... et j’en ai certainement raté.
Cette fois c’est sûr, le printemps est arrivé. Annoncé sinon par le vol des hirondelles, au moins par celui des colporteurs.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires